Monastère des augustines de Québec

par Simard, Jean

Hôtel-Dieu de Québec.

En 2000, les augustines de la Miséricorde de Jésus ont résolu de regrouper les archives et les collections de leurs douze monastères en un « lieu de mémoire habité » et de mettre ce trésor à la disposition de la collectivité. Le monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec - situé à la haute ville -, érigé dans les années qui ont suivi l'arrivée des premières augustines en 1639, a été désigné par elles pour conserver et exposer cet héritage. Les espaces anciens de l'Hôpital général de Québec - situé à la basse ville -, qui remontent également au XVIIe siècle, offriront un complément de visite à cet ensemble patrimonial exceptionnel, nommé désormais Le Monastère des augustines.


Article available in English : The Augustinian Monastery of Quebec

Créer un lieu de mémoire habité

Conscientes de l'importance de leur patrimoine et poussées par l'attrition continue de leurs effectifs, les augustines de tout le Québec ont résolu en l'an 2000 de regrouper leurs archives et leurs collections dans le monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec et de le transformer en un lieu de mémoire habité, Le Monastère des Augustines. La mission de ce lieu de mémoire s'énonce comme suit :

« Par sa vocation culturelle et sociale, Le Monastère des Augustines témoigne du mode de vie et de la mission sociale et spirituelle des augustines en ce pays. Inspiré par la ferveur et la compassion qui ont animé les religieuses, il prolonge la fonction d'accueil, d'hospitalité, de mémoire et de ressourcement de ces lieux fondateurs.»

Nicole Bourgault interroge soeur Isabelle Gosselin

L'idée première de ce projet revient à Mario Dufour, prêtre du diocèse de Québec et expert en patrimoine culturel. En 2005, sept comités sont mis sur pied, regroupant une soixantaine de personnes dont la tâche est de conseiller les augustines sur le contenu à donner au lieu de mémoire et sur les moyens à mettre en oeuvre pour mener l'opération à bien. Il est décidé de réaffecter les lieux physiques du monastère alors que les religieuses y vivent toujours et peuvent de la sorte transmettre aux nouvelles générations leur patrimoine immatériel, c'est-à-dire leurs savoirs et leurs savoir-faire. Il ne servirait à rien, selon l'équipe, de sauver des biens matériels à caractère artistique et historique si, demain, personne ne pouvait plus les nommer ni les qualifier. L'objet seul est souvent muet, les archives en dévoilent parfois les secrets, mais ce sont surtout les « porteurs de traditions », en l'occurrence ici les religieuses, qui donneront sens au patrimoine matériel en léguant en même temps leur patrimoine immatériel. C'est dans cette visée que l'on a entrepris, au cours de l'année 2008, une campagne photographique dont l'ambition était de capter l'esprit, le caractère et l'ambiance des lieux. De plus, en conformité avec la vocation des augustines, les bâtiments anciens logeront un Centre de ressourcement des personnes soignantes et un Service d'hébergement destiné aux aidants naturels autant qu'aux visiteurs désirant faire une expérience patrimoniale. S'ajoute le Centre Catherine-de-Saint-Augustin, qui continuera d'être le foyer de rayonnement de l'oeuvre et de la spiritualité de la bienheureuse Catherine de Longpré (1632-1668). Soulignons que Le Monastère des Augustines se prolongera dans le site et les bâtiments anciens meublés de l'Hôpital général de Québec. 

 

L'héritage des augustines

Les douze monastères dont les archives et les collections seront regroupées sont l'Hôtel-Dieu de Québec (1639), l'Hôpital général de Québec (1692), l'Hôtel-Dieu du Sacré-Coeur (1873), également situé à Québec, les Hôtels-Dieu de Chicoutimi (1884), de Lévis (1892), de Roberval (1918) de Gaspé (1926), de Saint-Georges de Beauce (1949), de Montmagny (1951), d'Alma (1954), de Jonquière (1955) et de Dolbeau (1955). Une fois rassemblés, les archives et les livres anciens de tous ces monastères occuperont 902 mètres linéaires et ils seront confiés au Centre d'archives des augustines. Les 24 000 objets de collection occuperont pour leur part 1 980 mètres cubes. Ils seront partiellement regroupés au musée, tandis que d'autres meubleront les espaces habités du lieu de mémoire. Les biens patrimoniaux les plus précieux, présentés plus bas, sont ceux de l'Hôtel-Dieu de Québec et de l'Hôpital général de Québec, qui remontent tous deux à l'époque de la Nouvelle-France.

 

L'Hôtel-Dieu de Québec

Les augustines agenouillées pour l'extrême-onction donnée aux grands malades

Les bâtiments
Arrivées à Québec en 1639, les augustines de Dieppe s'installent temporairement à Sillery pendant qu'elles achèvent de construire leur Hôtel-Dieu, terminé en 1644. Trente ans plus tard, l'établissement comprend un monastère, une chapelle et deux salles pour les malades. En 1695, deux ailes nouvelles s'ajoutent aux premières et forment une cour carrée. En 1755, un incendie endommage lourdement ces constructions dont il ne reste d'utilisable qu'une aile construite en 1695, côté jardin, et une aile, dite du noviciat, qui avait été rajoutée au monastère en 1739-1740. La reconstruction s'échelonne de 1756 à 1758. Puis une chapelle, donnant aussi sur la rue Charlevoix, est érigée entre 1800 et 1803. La chapelle - et certaines des œuvres d'art qu'elle contient - a été classée monument historique par le gouvernement du Québec en 1961. Le monastère, son terrain, son mur d'enceinte et les bâtiments adjacents ont pour leur part été classés site historique en 2003.

Les collections d'objets
Préoccupées de l'avenir de leur patrimoine, les augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec ont formulé le 15 décembre 2000 une demande de classement de leur collection à titre de bien culturel. Dès lors, une série d'études inventoriant le patrimoine des trois communautés d'augustines de Québec (Hôtel-Dieu, Hôpital général et Hôtel-Dieu du Sacré-Cœur) ont été commandées en prévision d'une réorganisation spatiale des communautés et du regroupement de leurs biens patrimoniaux dans les bâtiments de la haute ville de Québec.

Reliquaire de la bienheureuse Catherine de Saint-Augustin

Le dénombrement des collections de l'Hôtel-Dieu de Québec totalise 8 466 objets et touche tout à la fois le mobilier ancien conservé dans le monastère et les objets contenus dans le musée qui a ouvert ses portes en 1958, à l'occasion du 350e anniversaire de Québec. Cet inventaire en a démontré la valeur exceptionnelle. On y trouve de nombreux meubles et plusieurs objets d'orfèvrerie, d'argenterie, de cuivre, de laiton et d'étain, des horloges, de la céramique, des vêtements, des accessoires liturgiques brodés, des tapisseries, des peintures, de la statuaire, de la vannerie, de l'art amérindien, des ouvrages en cire, des objets d'apothicairerie et des instruments médicaux. Plus de 500 de ces objets remontent au Régime français et ont été classés en 2003. La responsable de l'inventaire écrit dans son rapport que l'on compte très peu de collections au Québec dont on peut affirmer avec autant de certitude l'ancienneté et la provenance. Plus de 50 objets ont notamment été offerts par des personnages importants de l'époque de la Nouvelle-France, tels la duchesse d'Aiguillon, madame d'Ailleboust et madame Des Meloizes, les augustines de Dieppe, les carmélites de Paris, les jésuites de Québec, le gouverneur Rémy de Courcelle et l'intendant Jean Talon. De façon générale, les objets ont été acquis pour répondre aux besoins du monastère et de l'hôpital et sont toujours restés dans le même lieu. Ils en sont par conséquent indissociables. Ceci permet d'affirmer que cette collection témoigne éminemment de l'histoire politique, économique, sociale, scientifique et religieuse de notre pays.

Billet accompagnant un enfant déposé au tour du monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec le 7 septembre 1815

Les archives et les livres
Parmi les centaines de mètres d'archives préservées par les augustines de l'Hôtel-Dieu, deux fonds contiennent des documents remontant au Régime français. Il s'agit du fonds des Augustines de la Miséricorde de Jésus du Monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec (1637-1995) et de celui de l'Hôtel-Dieu de Québec (1664-1997). Le premier décrit la vie matérielle et spirituelle des religieuses. On y trouve notamment le contrat de donation par la duchesse d'Aiguillon (1637), les lettres patentes octroyées par Louis XIII (1639) et les règles de la communauté (1631 et 1768). Quant au fonds de livres anciens (1601-1900), plus du tiers de ses 2 800 volumes ont été publiés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ils relèvent surtout du domaine religieux, mais ils éclairent aussi les domaines de la musique, de la médecine et de la cuisine. Ces fonds d'archives et deux autres que possèdent les augustines de l'Hôtel-Dieu, ainsi que le fonds ancien de livres, ont été classés en 2003.


L'Hôpital général de Québec

Hôpital général de Québec.

Les plus vieux bâtiments religieux situés au nord du Mexique
En 1692, monseigneur Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier achète des récollets leur couvent et leur église de la basse ville de Québec pour en faire un hôpital général destiné aux pauvres, aux invalides et aux vieillards. L'année suivante, des augustines sont détachées de l'Hôtel-Dieu et prennent charge du nouvel établissement, qu'elles occupent toujours. Cette communauté acquiert son autonomie en 1699, conformément au vœu de son fondateur. C'est aussi monseigneur de Saint-Vallier qui, en 1721, constitue en paroisse le territoire de l'Hôpital général - qui comprenait à cette époque une vaste ferme entourant les bâtiments - sous le nom de Notre-Dame-des-Anges. Le couvent et l'Hôpital général des augustines de la basse ville de Québec n'ont jamais connu d'incendie, ce qui fait d'eux les plus anciens bâtiments religieux situés au nord du Mexique. Le noyau originel a toutefois connu de nombreux ajouts au cours des ans. Il se compose aujourd'hui de 20 ailes qui sont le résultat de 26 chantiers de construction échelonnés sur une période de 337 ans. Dans le voisinage du monastère, aujourd'hui sur le boulevard Langelier, monseigneur  de Saint-Vallier avait fait construire pour les augustines un moulin à vent en bois (1710), remplacé quelques années après par un moulin en pierre (1731), qui existe toujours. Le site de l'Hôpital général a été classé en 1977.

Les cimetières

Mausolée Montcalm

Le site de l'Hôpital général compte aussi trois cimetières anciens. L'un d'eux a été établi en 1728 pour les « pauvres » et il est devenu officiellement le Cimetière de l'Hôpital général de Québec depuis 2001, seul cimetière de la guerre de Sept Ans au monde. Il regroupe les dépouilles de 1 058 soldats français, anglais, canadiens et amérindiens morts pendant toute la guerre de Sept Ans (1753-1760), ainsi qu'au champ d'honneur des plaines d'Abraham en 1759. Un grand nombre de ces soldats ont d'abord été soignés par les religieuses et leurs noms sont consignés dans les archives de l'Hôpital général. En 2001, les restes du général Montcalm, que conservaient jusqu'à ce jour les ursulines de Québec, y ont été déposés dans un mausolée à son nom. Le général rejoignait ainsi 17 de ses pairs. Notons que le cimetière renferme la plus importante concentration connue de militaires faits chevaliers de Saint-Louis, une haute distinction française de l'Ancien Régime.

Les collections d'objets
En décembre 2000, dans le contexte de la concertation évoquée plus haut, les augustines de l'Hôpital général sollicitent le classement de leurs biens mobiliers et de leurs archives. De nouveaux rapports sont produits. L'inventaire du mobilier a dénombré 4 271 objets dont 758 relèvent des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Le tableau d'autel de l'église des récollets peint par le frère Luc en 1670-1671 et les 21 paysages que mère Maufils aurait peints en 1697 sur les lambris de la même église font ici partie des pièces les plus importantes. Cette collection des biens mobiliers de l'Hôpital général se compare assez bien à celle de l'Hôtel-Dieu sur les plans de l'ancienneté, de la rareté, de l'authenticité, de l'intégrité et de la valeur documentaire. En 1960, les augustines de l'Hôpital général ont d'ailleurs ouvert un musée pour exposer au public les plus beaux objets de leur collection.

Les archives et les livres
Le fonds d'archives représente près de 52 mètres linéaires de documents datant de 1631 à 1999 et regroupe 1 560 ouvrages publiés de 1597 à 1900. La responsable de l'inventaire recommande le classement de ce fonds pour son caractère unique, son ancienneté, la richesse et la rareté des informations qu'il renferme sur l'histoire de la ville de Québec et de la région au point de vue social, économique, politique, militaire et religieux. Ce fonds éclaire également le développement et l'administration du régime seigneurial, l'évolution de la perception des pauvres et des vieillards au pays, ainsi que de la manière de les traiter. Il documente, enfin, les différents conflits armés qui ont secoué la colonie, en particulier la guerre de Sept Ans. La remarquable continuité temporelle de plusieurs séries et son excellent état de conservation en augmentent la valeur.

Objectif et défi du lieu de mémoire habité

Ancienne cellule de religieuse du monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Le défi de mettre sur pied un lieu de mémoire habité pour préserver toute la richesse du patrimoine des augustines et assurer la continuité de leur mission est de taille, puisqu'il inspirera certainement d'autres communautés religieuses qui désirent transmettre leur héritage.

Les collections et les archives des douze monastères d'augustines réunies dans les murs de l'Hôtel-Dieu de Québec avec les religieuses qui l'habitent donneront un incomparable témoignage de la présence française en Amérique du Nord du XVIIe siècle à nos jours, particulièrement sur les plans religieux et hospitalier. Arrivées avec le pays, les augustines de Québec s'apprêtent à transmettre un héritage matériel et spirituel qui leur survivra à travers des structures d'accueil, d'hospitalité, de mémoire et de ressourcement qu'elles contribuent à mettre sur pied aujourd'hui pour demain.


Jean Simard
Professeur retraité d'ethnologie
Université Laval

 

BIBLIOGRAPHIE


Bernier, Hélène, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec : archives et livres anciens, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2001.

Bernier, Hélène, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôpital général de Québec : archives et livres anciens, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2002.

Desmeules, Claire, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec : collection de biens mobiliers. Analyse et recommandations, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2001.

Desmeules, Claire, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôpital général de Québec : collection de biens mobiliers. Analyse et recommandations, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2003.

Robitaille, Denis, Le Monastère des Augustines : le temps des décisions. Le lieu de mémoire habité des Augustines de la Miséricorde de Jésus, rapport, juin-décembre 2007.

Simard, Jean (dir.), assisté de David Harvengt, Le patrimoine immatériel des augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec, rapport d'enquête orale préparé par Nicole Bourgault, Denis Croteau, Véronique Dupont, Véronique Labonté, Karine Laviolette, Madeleine Pastinelli et Sophie Pomerleau, Québec, Université Laval, mai 1997.

Trépanier, Paul, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôtel-Dieu de Québec : étude de l'architecture, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2001.

Trépanier, Paul, Le patrimoine des augustines du monastère de l'Hôpital général de Québec : étude de l'architecture, Québec, Ville de Québec et Ministère de la Culture et des Communications du Québec, 2002.

 

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