Pèlerinage du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, au Québec

par Couvrette, Sébastien

Sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap, Cap-de-la-Madeleine, août 1958

Le plus important lieu de pèlerinage dédié à la Vierge Marie en Amérique du Nord se trouve au Cap-de-la-Madeleine dans la région de Trois-Rivières au Québec. Si le site lui-même a une vocation religieuse depuis le Régime français, le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap a été consacré en 1888, à la suite de deux événements prodigieux attribués à la Vierge Marie. Le site, fréquenté par de nombreux pèlerins chaque année, a reçu son plus illustre visiteur en 1984 : le pape Jean-Paul II. Malgré le recul des pratiques religieuses au Québec, le Sanctuaire demeure un lieu de rencontre unique pour des visiteurs et des pèlerins de tous les âges et de toutes les origines ethniques.

 

 

 

Article available in English : The pilgrimage to Our Lady of the Cape Shrine, Quebec

La pratique du pèlerinage

Foule de pèlerins au sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine, 2010

Le pèlerinage constitue une pratique culturelle de dévotion populaire répandue dans les pays de confession catholique. Il prend généralement la forme d’un voyage, solitaire ou de groupe, vers un lieu saint dans le cadre d’une démarche spirituelle. Parmi ces endroits, certains ont en commun d’avoir été fondés à la suite d’événements prodigieux attribués à la Vierge Marie, tels des apparitions, des miracles et des prodiges. C’est le cas, entre autres, de Notre-Dame de Fatima au Portugal, de Notre-Dame de Guadalupe au Mexique, et de Notre-Dame de Lourdes en France, qui sont fréquentés chaque année par des pèlerins provenant des quatre coins de la planète. En Amérique francophone, il existe plusieurs lieux de dévotion dédiés à la Vierge, notamment celui de Notre-Dame-de-Lourdes de Sudbury, mais le plus important pèlerinage marial se déroule au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

Fondé en 1888 au Cap-de-la-Madeleine, ce sanctuaire représente, avec Sainte-Anne-de-Beaupré et l’Oratoire Saint-Joseph, un des trois grands lieux de pèlerinages du Québec. Dès le début du XXe siècle, la popularité du site attire des pèlerins provenant d’un peu partout au Québec. Il accueille chaque année des centaines de milliers de visiteurs.

 

Les étapes successives de construction du site

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, vers 1925

Par sa localisation et son aménagement, le Sanctuaire constitue un site exceptionnel qui rappelle aux visiteurs les grands moments de son histoire et sa vocation religieuse. Ses nombreux monuments en font un lieu de pèlerinage unique en son genre au Québec. Le plus ancien d’entre eux, une église en pierres au toit en bardeaux de cèdre, construite de 1714 à 1720, est à l’origine du Sanctuaire. Surnommée le petit Sanctuaire, il s’agit de l’une des plus vieilles églises de pierres du Canada. Une nouvelle église, ouverte au culte en 1888, a été démolie en 1963 pour faire place au parvis de l’actuelle basilique. Une partie de ses pierres a été conservée afin de bâtir une annexe à la première église, ajoutée en 1973.

Au tournant du XXe siècle, la popularité croissante du Sanctuaire et le désir de veiller à son développement et d’assurer sa pérennité incitent les responsables du site à demander à ce que la gestion en soit confiée aux Oblats de Marie Immaculée. Depuis leur arrivée au Sanctuaire en 1902, les Oblats ont largement contribué à donner au lieu son caractère unique. À partir de 1906, ils y font aménager un chemin du rosaire qui témoigne du rôle essentiel que la prière a joué dans l’histoire du Sanctuaire. Le tracé regroupe une série de statues de bronze, coulées en France, représentant chacun des quinze mystères traditionnels du rosaire, destinées à inspirer les pèlerins lors de la méditation qui accompagne la récitation du chapelet (NOTE 1).

Réplique du tombeau du Christ Notre-Dame-du-Cap, août 1951

Le chemin du rosaire des Oblats s’ajoute au chemin de croix édifié par le franciscain Frédéric Jansoone à la fin du XIXe siècle, qui est une réplique à plus petite échelle du chemin du calvaire de Jérusalem. Sur le parcours s’élèvent des statues de bronze illustrant les stations du chemin de croix. L’itinéraire se termine avec un rocher du calvaire orné d’un bronze de la crucifixion. Dans une cavité creusée au cœur du rocher se trouve une sculpture de la descente de la croix. Enfin, le site comporte également une reproduction du tombeau du Christ identique à celui de la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem. En 1924, les Oblats font ériger un magnifique pont de pierre orné de gigantesques chapelets en commémoration de l’épisode historique du pont de glace, premier événement fondateur du Sanctuaire. À la fin des années 1930, le parc du Sanctuaire prend définitivement son aspect actuel avec la création d’un lac artificiel, le lac Sainte-Marie, agrémenté d’un îlot central.

 

Un premier prodige à l'origine de la vocation du site

Dans les années 1870, la petite église datant du Régime français ne suffit plus pour accueillir les nombreux habitants du Cap-de-la-Madeleine lors des messes et des cérémonies religieuses. Il est alors décidé de démolir le bâtiment et d’utiliser ses pierres pour construire une nouvelle église. Les autres matériaux nécessaires à la construction devront être pris sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, car il n’y a pas de pierres sur les rives sablonneuses du Cap-de-la-Madeleine.

Pont des chapelets, 2010

À l’hiver 1879, les paroissiens attendent que les glaces se forment sur le fleuve afin de pouvoir transporter les pierres d’une rive à l’autre. Cependant, cette année-là, les températures restent douces et le fleuve n’est toujours pas gelé au début du mois de mars, malgré les prières des paroissiens. Le curé Luc Désilets adresse alors une supplique à Marie, lui promettant de ne pas détruire la petite église et de la lui consacrer si un pont de glace pouvait se constituer avant le printemps. À la mi-mars, contre toute attente, un embâcle commence à se former entre les deux rives. Rapidement, les paroissiens charrient de la neige afin de favoriser la prise des glaces : bientôt apparaît un étroit chemin de glace suffisamment solide pour que des traîneaux tirés par des chevaux fassent la traversée de deux kilomètres pour ramener des tonnes de pierres. Dans les jours suivants, les habitants récitent continuellement le chapelet afin qu’aucun incident malheureux ne se produise. Malgré la précarité du couvert de glace qui se détériore rapidement sous le poids des chargements de pierres, leurs vœux sont exaucés. Considéré par plusieurs comme un prodige favorisé par les prières et la récitation du rosaire, le pont de glace sera surnommé le « pont des chapelets ».

 

Un second prodige

Vue rapprochée de la statue qui aurait ouvert les yeux en 1888

Un second événement, survenu en 1888, consacre la vocation du lieu. La nouvelle église construite avec les pierres charriées sur le pont de glace accueille les paroissiens au début des années 1880. Afin de respecter sa promesse à la Vierge, le curé Désilets fait restaurer l’ancienne église avant de la dédier à Marie. Le 22 juin 1888, le père Frédéric Jansoone officie la cérémonie de la consécration devant plus de 5 000 fidèles. Le soir même, le père Frédéric, le curé Désilets et un autre homme prient la Vierge Marie dans la petite église. Ils sont alors témoins de ce qui sera appelé le « prodige des yeux ». Selon le témoignage des trois hommes, la statue de la Vierge, dont les yeux sont habituellement baissés, aurait regardé droit devant elle pendant plusieurs minutes. Don d’un paroissien en 1854 à l’occasion de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, la statue orne encore aujourd’hui le maître-autel de la petite église. Cet événement prodigieux marque les débuts véritables de l’histoire du Sanctuaire. En 1904, un délégué du pape Pie X procédera au couronnement de la statue, une procédure essentielle à la renommée du lieu car elle signifie que l’Église catholique reconnaît les prodiges qui lui sont attribués et le culte dont elle fait l’objet (NOTE 2).

 

L’âge d’or du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

À la fin des années 1940, un premier miracle attesté de guérison d’un pèlerin atteint de tuberculose survient au Sanctuaire. À cette époque, une statue de la Vierge, dite la Vierge pèlerine, fait une tournée de plusieurs années à travers le Canada à bord d’un char allégorique représentant un pont orné de chapelets. Elle vise à faire connaître le Sanctuaire à la population canadienne et à y attirer les pèlerins.

Processions sur le pont des chapelets à Notre-Dame-du-Cap, août 1951

Au début de la décennie suivante, les activités s’intensifient au Sanctuaire. À l’approche de la première année mariale, qui correspond au centenaire de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, des fidèles s’y relaient jour et nuit pour réciter le rosaire sans interruption (NOTE 3). À l’occasion de l’année mariale de 1954, la statue de la Vierge Marie est couronnée une seconde fois. L’année suivante débute la construction de l’actuelle Basilique Notre-Dame du Cap, inaugurée en 1964. Le spacieux bâtiment, qui est l’œuvre de l’architecte Adrien Dufresne, peut accueillir plus de 1 500 visiteurs. À la suite de l’important Concile de Vatican II, tenu de 1962 à 1965, l’Église catholique romaine encourage la participation active des fidèles laïcs à la liturgie chrétienne. Dans cet important mouvement de réforme religieuse, le Sanctuaire devient un lieu de prédilection pour l’expression de la foi. En 1969 se produit le deuxième et plus célèbre cas de guérison miraculeuse, celui de Claudette Larochelle, une femme atteinte de dystrophie musculaire : son histoire contribuera encore à la renommée du Sanctuaire. 

Au cours des années 1980, de nombreuses célébrations viennent souligner le centenaire de la fondation du Sanctuaire et attirent de très nombreux visiteurs. En septembre 1984, le pape Jean-Paul II, de passage au Québec, vient y faire un pèlerinage. Plus de 75 000 fidèles se déplaceront pour cette occasion unique. De nombreux jeunes de la région de Trois-Rivières participent activement à la préparation de la venue de Jean-Paul II. À la suite de la visite papale, une tradition de pèlerinage annuel destiné aux jeunes est instituée, activité désignée sous le nom de Cap-Jeunesse.

 

Le pèlerinage au Sanctuaire aujourd’hui

Depuis le début des années 2000, le Sanctuaire subit une baisse importante d’achalandage, notamment en raison du vieillissement de la population et du recul des pratiques religieuses au Québec. De plus de 480 000 pèlerins en 1999, le nombre de visiteurs a chuté à quelque 290 000 en 2009. Malgré tout, le site demeure un endroit unique où se côtoient des pèlerins de différentes communautés culturelles. À la fin du mois de juillet, des membres de la communauté italienne du Québec, en route vers Sainte-Anne-de-Beaupré pour la fête de sainte Anne (célébrée le 26 juillet), font un arrêt au Cap-de-la-Madeleine. À cette occasion, de nombreux chants de célébration sont entonnés en italien au Sanctuaire. De même, chaque année, lors de l’Assomption, plusieurs messes et célébrations se font en créole, en raison de la forte représentation de pèlerins de la communauté haïtienne.

Marche aux flambeaux à Notre-Dame-du-Cap, 2010

Le 15 août, jour de la fête de l’Assomption, marque le moment le plus important de l’année au Sanctuaire, qui connaît alors son plus fort achalandage. Lors de la Neuvaine de l’Assomption, période de neuf jours qui précède la fête du 15 août, ont lieu des marches aux flambeaux. Inspirée d’une tradition instituée à Notre-Dame de Lourdes en France, cette cérémonie voit les pèlerins défiler dans le parc à la tombée du jour avec un cierge à la main en entonnant des chants dédiés à Marie. Dans le cadre de ces célébrations mariales, des groupes de pèlerins effectuent un très long voyage à pied de Sainte-Anne-de-Beaupré jusqu’au Sanctuaire; un parcours de plus de 150 kilomètres qui n’est pas sans rappeler le célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle en Espagne.

 

Un site patrimonial marqué du sceau de la foi

Sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine, par Léonce Cuvelier, vers 1935

Aménagé et entretenu par les Oblats de Marie Immaculée et par de nombreux intervenants et bénévoles depuis plus d’un siècle, le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap maintient au Québec la tradition séculaire du pèlerinage à la Vierge Marie. Considéré comme un endroit saint, ce site historique est un important lieu de mémoire du patrimoine religieux bâti, avec son église ancienne, et ses chemins de croix et du rosaire. Fréquenté par de très nombreux pèlerins chaque année, il est également un témoin privilégié du patrimoine religieux immatériel, avec les pratiques du pèlerinage et de la récitation du rosaire qu’on y retrouve, ainsi que les récits du pont des chapelets et du prodige des yeux qui y sont évoqués.

 

Sébastien Couvrette

Historien, Université Laval

 

 

 

 

NOTES

1. Les mystères du rosaire représentent les moments importants de la vie de Jésus et de Marie. En 2002, le pape Jean-Paul II a ajouté cinq mystères lumineux aux quinze mystères traditionnels regroupés sous les désignations des mystères joyeux, douloureux et glorieux. Au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, les mystères lumineux sont représentés par des céramiques de l’artiste Charles Sucsan.

2. L’événement coïncide avec le jubilé d’or (le cinquantième anniversaire) de la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception.

3. Le rosaire consiste à égrener le chapelet afin de réciter des cycles de dix « Je vous salue Marie » entrecoupés d’un « Notre Père », en accompagnant la prière de méditations sur les mystères du rosaire.

 

Bibliographie

 

Boglioni, Pierre, et Benoît Lacroix (dir.), Les pèlerinages au Québec, Québec, Presses de l’Université Laval, 1981.

« L’histoire oubliée de Notre-Dame du Cap », La Renaissance catholique, n° 54, février 1998, p. 1-4.

« Notre-Dame du Cap : une dévotion pour notre temps », La Renaissance catholique au Canada, n° 27, avril 1988, p. 1-4.

Panneton, Jean, Le diocèse de Trois-Rivières, 1852-2002 : 150 ans d’espérance, Sillery (Qc), Septentrion, 2002.

Redmond-Morissette, Maude, et Imre Nogradi, Entrevue avec Jean Normandin, responsable de l’accueil des pèlerins [support numérique], Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec, Cap-de-la-Madeleine, 20 juillet 2010.

Renier, Marie, et Imre Nogradi, Entrevue avec le père Hervé Aubin, o.m.i. [support numérique], Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec, Cap-de-la-Madeleine, 15 juin 2010.

Renier, Marie, et Imre Nogradi, Entrevue avec le père Noël Poisson, o.m.i. [support numérique], Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec, Cap-de-la-Madeleine, 15 décembre 2010.

Saint-Pierre, Louise, Entrevue avec Hélène Veillet, responsable du bureau des pèlerinages au Sanctuaire [support numérique], Inventaire du patrimoine immatériel religieux du Québec, Cap-de-la-Madeleine, 15 décembre 2010.

Tardif, Thérèse, « Notre-Dame du Cap : reine du Canada, reine du rosaire », Vers demain, no 879, août-septembre 2004, p. 2-5.

 

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  • L’histoire du Pont des chapelets du Sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine Jean Normandin, bénévole au Sanctuaire Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine, raconte l'histoire du «pont des chapelets», qui est fait un événement miraculeux qui sera à l'origine du site, lié à la construction d’une nouvelle église au Cap-de-la-Madeleine. Quelques images du site ponctuent et illustrent son récit coloré.
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  • Pèlerinage au Sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine De l’accueil des pèlerins qui descendent d’un autobus jusqu’à une cérémonie religieuse se déroulant dans le Sanctuaire Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine, on voit divers éléments de ce lieu de pèlrinage encore très fréquenté. Jean Normandin, un bénévole, explique l'historique des lieux et des différentes installations qui s'y trouvent, comme le Chemin de croix et une fontaine dont l'eau aurait des propriétés miraculeuses.
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